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Il avait fait ce rêve,encore. Un rêve, que d’autres auraient appelé cauchemar. Mais pour lui ce n’était pas ça. Troublant, dérangeant, oui sans doute. Mais fascinant aussi. Il s’était rêvé sourd. Complètement. Pas de ces personnages qui lisaient sur les lèvres, ou qu’un savant appareillage maintenait dans le bruit du monde. Non. Une surdité soudaine, totale, absolue.

Passé le moment de panique de se trouver brutalement privé d’un de ses sens, il avait rapidement goûté à une paix nouvelle. Un sentiment serein qu’il n’avait jamais éprouvé. Il n’aurait su dire pourquoi, mais les choses, les êtres, lui avaient paru plus clair, plus précis, enfin compréhensibles. Comme s’il avait vu, vraiment vu, pour la première fois.

Bien entendu, les gens autour de lui semblaient très affectés par l’apparition brutale de ce handicap. Et ils lui témoignaient sympathie, affection, compassion, semblant préoccupés de son nouvel état. Lui souriait. Ne comprenait pas la panique et l’agitation de ses proches face à cet événement. Il percevait clairement leurs tentatives pour communiquer avec lui. Les voyait saisir papiers et crayons pour tenter de franchir la barrière silencieuse entre eux et lui. Points d’interrogation multipliés à l’infini autour de lui. Mais la cause lui en restait étrangère. Et malgré ses efforts pour les rassurer, malgré les sourires et les regards apaisant qu’il prodiguait autour de lui, ils ne semblaient pas comprendre.

Après un long moment de perplexité, il avait finalement réalisé. Ce n’était pas qu’il ait cesser d’entendre qui les affolait tant. Il avait également cessé de parler. Il ne s’en était pas aperçu immédiatement. Absorbé par la découverte de son nouvel univers, par le regard neuf qu’il portait sur les autres (comme ils semblaient tous si différents, comme il les comprenait mieux depuis qu’il ne les entendait plus !), il ne s’était pas immédiatement rendu compte que lui, aussi, était devenu silencieux. L’espace d’un instant, son sourire disparu de ses lèvres. Tandis qu’il mesurait les implications de cette révélation.

Bien vite son visage s’éclaira de nouveau, plus paisible et serein encore que précédemment. Il venait de percer le secret de la douce félicité dans laquelle il évoluait depuis ce soudain handicap. Ce n’était pas tant leur silence, ô combien précieux pourtant, qui l’apaisait à ce point. Non. C’était le sien. Se taire enfin, ne plus chercher à se faire entendre, ni comprendre. Garder sa voix, ses mots, pour soi-même. La paix était à ce prix.

Ce jour-là, lorsque le réveil le tira de son rêve, prouvant par là que son infirmité était bien fictive, il sourit au jour d’une façon nouvelle. Heureux enfin.

Et plus jamais il ne dit un mot.

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